Sombre, dérangeant, ce thriller a l'effet lancinant d'une incantation. L'écriture poétique de Lucarelli - et notamment ces images autour des couleurs et des sons, qui rappellent ce poème de Rimbaud intitulé Voyelles - tranche avec les événements particulièrement sordides auxquels nous sommes confrontés. Tandis que les différents points de vue du récit - parlant toujours à la première personne, le narrateur est tantôt le tueur, tantôt Grazia ou Simon - nous plongent à chaque chapitre dans une vision, une perception du monde éminemment différentes, entre le cerveau malade de "l'Iguane" et les sensations de Simon...
Un grand styliste ce Lucarelli. Chez lui, pas de descriptions chirugicales, de détails scabreux. C'est d'abord une ambiance, légèrement oppressante, énigmatique, où affleure une sensualité équivoque, mêlant étroitement les deux figures de la beauté et de la mort.